Forêt

Essences de pins : préconisations pour l’implantation et la replantation

Jeudi 12 février 2009 // À terre

Extrait du courrier adressé aux adhérents en février 2009, dans le contexte de la récente tempête de janvier.

Nous demandons aux différentes municipalités, dont celle de La Teste, d’engager une réflexion sur le choix des essences, et surtout sur le contrôle des arbres, de leur implantation et de leur replantation, et d’agir rapidement. Sans doute, rien ne peut se faire sans l’appui de spécialistes. Il appartient à chacun de faire vérifier ses arbres et de replanter les espèces les mieux adaptées à notre région. Nous venons d’écrire au maire de La Teste en attirant son attention non seulement sur la question essentielle de l’enfouissement des lignes, mais aussi sur la question du végétal ; il ne faudrait pas que le pire de la tempête soit à venir...

Sur les caractéristiques des essences, sur avis de spécialistes :

Le cyclone Hortense, en octobre 1984, avait déjà fait beaucoup de dégâts... Quel fut le retour d’expérience ?! Les arbres ne tombent pas plus en pays sableux qu’ailleurs ; au contraire, c’est là où les pins poussent sur sol d’alios qu’ils tombent, parce que la racine pivot ne s’implante pas normalement. En sol sableux, le pivot est très profond et stabilise bien l’arbre, tout en lui permettant d’accéder à l’eau. Le pin maritime est le seul à être parfaitement adapté à ce pays. Remplacer le pin maritime par d’autres pins inadaptés serait une catastrophe en terme d’écologie. Un effort de pédagogie devrait permettre de faire comprendre que, plus la densité de pins maritimes est forte, plus ils sont stables. Chaque pin abattu devrait être remplacé par plusieurs autres, plantés jeunes : c’est le sens de certaines préconisations municipales (à Arcachon, par exemple). Les données autécologiques (adaptabilité au sol et au climat, sous forme de diagrammes dans la flore Rameau) démontrent que tous les pins ne supportent pas les conditions locales.

Nos Pinus pinaster sont acidiphiles à acidiclines (aiment les milieux vraiment acides à peu acides) et supportent les milieux humides jusqu’à très secs (xérophiles). Leur croissance initiale est forte. Le "plus" du Pinus pinaster est un enracinement plongeant, d’abord (racine-pivot) et traçant ensuite. Et c’est une espèce indigène venue sans la main de l’homme. C’est le seul pin incontestablement adapté à nos territoires. La tendance climatique est aux sécheresses accentuées et au réchauffement, n’excluant pas de subites périodes froides. Ce n’est peut-être pas le moment d’installer des essences qui n’auront pas eu le temps de s’adapter au lent glissement climatique. Quelques données sur ces autres pins inadaptés :
- Le pin sylvestre présente un diagramme autécologique proche de celui du pin maritime mais c’est davantage un arbre de montagne et de collines. Il est sensible au vent.
- Le pin de Murray (Pinus contorta murrayana) présente le bon diagramme (acidiphile et xérophile). Il a déjà été introduit sur le littoral aquitain. Les chenilles en raffolent. Il résiste au froid et assez bien au vent. Il atteint 25 m et 150 ans.
- Le pin Laricio de Corse (Pinus nigra laricio corsicana) a à peu près les mêmes exigences mais il est un peu moins acidiphile. Il est sempervirent et vit plusieurs siècles. Cependant, il exige une forte pluviosité annuelle (de 800 à 1200 mm). Il supporte le froid. Les chenilles processionnaires en raffolent, bien davantage que de notre pin maritime. A noter : à Camicas, il avait été semé du pin Laricio : il n’en reste plus trace ; ils ne se sont pas ressemés.
- Le Laricio de Calabre (Pinus nigra laricio calabrica) est une espèce non-spontanée en France mais a été introduit dans le Sud-Ouest. Elle exige une forte humidité mais tolère des étés secs. C’est plutôt un arbre de basse montagne.
- Le pin noir d’Autriche - Pinus nigra austriaca - est plus calcicole, ce qui n’est pas compatible avec nos sols. Il résiste au froid, à la sécheresse et les chenilles processionnaires l’adorent.
- Le pin d’Alep a tendance à casser au collet.
- Le pin parasol résiste assez bien... mais penche vite. Il offre une forte prise au vent.
- Le pin de Monterey, ou pin Insignis, survit à Arcachon mais n’est pas assez xérophile et peut être tué par une gelée à -10°.
- Le pin Weymouth (Pinus strobus) est peu adapté. L’arbre est un élément d’un écosystème. On ne change pas les essences locales sans risquer de l’altérer. Enfin, où trouver la place pour planter à 35 mètres des bâtiments, dans le but de respecter une certaine "distance de sécurité" ?! Les parcelles sont en général trop exiguës...

Ainsi, la notion même de "maisons sous les arbres" est menacée du fait de la peur qui s’empare des résidents, et la question du contrôle des arbres, et de leur replantation, relève de la compétence de vrais professionnels, à notre avis.